Avant la qualification des faits : ce que doit permettre l'analyse d'un signalement

Lorsqu'un signalement est reçu, la première question qui se pose est souvent la même :
S'agit-il d'un harcèlement moral ? D'une discrimination ? D'une violence sexiste ou sexuelle ? D'un simple conflit ?
Cette réaction est compréhensible. Les organisations souhaitent rapidement comprendre à quelle situation elles sont confrontées afin de déterminer les suites à donner.
Pourtant, cette recherche précoce de qualification constitue souvent l'un des principaux pièges du traitement des signalements.
À ce stade, les faits sont encore partiels. Les informations disponibles sont limitées. Une seule version de la situation a parfois été recueillie. Chercher à conclure trop rapidement risque alors d'orienter l'analyse dans une direction inadaptée.
L'enjeu des premières étapes n'est pas de qualifier les faits. Il est de créer les conditions permettant de les comprendre.
Comprendre avant de qualifier
Dans de nombreux dispositifs, la qualification des faits occupe une place centrale.
Les acteurs cherchent légitimement à déterminer si les éléments rapportés relèvent :
d'un harcèlement moral ;
d'une discrimination ;
d'une violence sexiste ou sexuelle ;
d'un conflit relationnel ;
ou d'un autre dysfonctionnement.
Pourtant, cette qualification ne peut intervenir utilement qu'à l'issue d'un travail préalable de recueil et d'analyse.
Avant de savoir ce que l'on analyse, encore faut-il comprendre ce qui s'est passé, dans quel contexte, avec quelles conséquences et selon quelles perceptions des différents protagonistes.
Cette phase exploratoire est souvent sous-estimée alors qu'elle constitue le socle de toute décision ultérieure.
Recueillir une parole n'est pas instruire un dossier
Lorsqu'une personne réalise un signalement, elle n'apporte généralement pas un dossier complet.
Elle partage avant tout une expérience vécue.
Elle parle :
d'un malaise ;
d'une situation devenue difficile ;
d'un comportement qu'elle ne comprend plus ;
d'un sentiment d'injustice ;
d'une souffrance parfois installée depuis plusieurs mois.








