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Ce que les signalements nous apprennent sur l'évolution des risques psychosociaux

9 oct.
4 min de lecture

Lorsque l'on parle de risques psychosociaux (RPS), les images qui viennent souvent à l'esprit sont celles du stress, de la surcharge de travail ou du burn-out.

Pourtant, l'analyse des signalements reçus par les cellules d'écoute et les dispositifs d'alerte raconte une réalité plus complexe.

Les signalements constituent aujourd'hui un observatoire particulièrement intéressant de la manière dont évoluent les relations de travail au sein des organisations. Ils permettent de repérer non seulement les situations les plus graves, mais aussi les tensions émergentes, les fragilités collectives et les nouvelles formes de souffrance au travail.

Au fil des années, plusieurs évolutions semblent se dessiner.


Les salariés parlent rarement de risques psychosociaux


Un premier constat s'impose : les salariés ne sollicitent presque jamais un dispositif en déclarant être confrontés à un « risque psychosocial ».

Ils parlent plutôt :
  • d'une situation devenue invivable ;
  • d'un sentiment d'injustice ;
  • d'un conflit qui s'enlise ;
  • d'un comportement managérial incompris ;
  • d'une mise à l'écart ;
  • d'un climat de travail dégradé.

Autrement dit, les RPS ne sont généralement pas signalés comme tels. Ils apparaissent à travers des expériences concrètes et vécues.

Cette réalité rappelle que les risques psychosociaux ne constituent pas une catégorie abstraite. Ils trouvent leur origine dans l'organisation du travail, les relations professionnelles et la manière dont les personnes vivent leur environnement quotidien.


Les atteintes relationnelles occupent une place croissante


Pendant longtemps, la prévention des risques psychosociaux s'est concentrée sur la charge de travail, les contraintes temporelles ou les exigences de performance.

Ces facteurs demeurent essentiels.

Cependant, les situations aujourd'hui portées à la connaissance des organisations concernent fréquemment la qualité des relations de travail.

Les signalements évoquent régulièrement :
  • des tensions persistantes entre collègues ;
  • des difficultés relationnelles avec l'encadrement ;
  • des comportements perçus comme dénigrants ;
  • des situations d'exclusion ;
  • des formes d'isolement au sein des collectifs.

Cette évolution n'est pas anodine.

Elle souligne que la qualité des relations professionnelles est devenue un enjeu majeur de santé au travail. Les difficultés ne naissent pas uniquement d'une surcharge de travail, mais également d'environnements dans lesquels les personnes ne se sentent plus respectées, reconnues ou soutenues.


Les frontières entre conflit et violence deviennent plus difficiles à appréhender


L'un des phénomènes les plus marquants observés dans les dispositifs de signalement concerne la difficulté croissante à qualifier certaines situations.

Les catégories traditionnellement mobilisées — conflit, harcèlement moral, discrimination, violence psychologique — ne permettent pas toujours de rendre compte de la complexité du vécu exprimé.

De nombreuses situations se situent dans un espace intermédiaire.

Il ne s'agit pas nécessairement d'un harcèlement caractérisé au sens juridique du terme.

Pour autant, les conséquences sur les personnes peuvent être importantes :
  • perte de confiance ;
  • détresse émotionnelle ;
  • désengagement ;
  • altération de la santé mentale ;
  • isolement professionnel.

Cette réalité rappelle que l'analyse des risques psychosociaux ne peut pas se limiter à rechercher des qualifications juridiques. Elle suppose également de comprendre les mécanismes relationnels en jeu et leurs effets sur les individus.


Les salariés signalent davantage des situations installées dans la durée


Un autre enseignement mérite d'être souligné.

Les signalements concernent rarement un événement unique.

Ils décrivent plus souvent des situations qui se sont construites progressivement :
  • remarques répétées ;
  • tensions récurrentes ;
  • sentiment d'exclusion ;
  • absence de soutien ;
  • dégradation durable des conditions de travail.

Ce caractère progressif pose un défi particulier aux organisations.

Lorsque les difficultés sont identifiées tardivement, les marges de manœuvre sont souvent plus réduites. Les positions se cristallisent, les relations se détériorent et la confiance est déjà profondément affectée.

Cette observation confirme l'importance des dispositifs de détection précoce et des espaces permettant aux salariés d'exprimer leurs préoccupations avant qu'elles ne se transforment en situations de crise.


L'écoute devient un levier de prévention


L'une des principales leçons que nous pouvons tirer des signalements est sans doute celle-ci : les organisations ont besoin d'espaces où les difficultés peuvent être exprimées avant qu'elles ne deviennent ingérables.

Trop souvent, le signalement est encore perçu comme un outil destiné à gérer des situations déjà dégradées.

Pourtant, son intérêt réside également dans sa fonction préventive.

Lorsqu'un salarié signale une situation, il ne recherche pas systématiquement une sanction ou une enquête. Il cherche parfois simplement à comprendre ce qu'il vit, à être entendu ou à alerter sur une difficulté émergente.

En ce sens, les dispositifs de signalement participent pleinement à la prévention des risques psychosociaux. Ils permettent de faire remonter des signaux faibles qui resteraient autrement invisibles.


Ce que nous disent les signalements


Au-delà des situations individuelles, les signalements révèlent quelque chose de plus large sur les transformations du travail.

Ils montrent que les enjeux de santé psychologique ne se résument plus à la charge de travail ou au stress.

Ils mettent en lumière l'importance croissante :
  • des relations professionnelles ;
  • de la qualité du management ;
  • du sentiment d'équité ;
  • de la reconnaissance ;
  • de la capacité des organisations à traiter les tensions avant qu'elles ne s'aggravent.

Finalement, les signalements constituent moins un indicateur de dysfonctionnement qu'un révélateur des réalités vécues par les collectifs de travail.

À condition de les analyser comme tels, ils peuvent devenir de précieux outils pour comprendre l'évolution des risques psychosociaux et orienter les actions de prévention vers les besoins réels des organisations.
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Blog EALP

Retrouvez régulièrement des articles, rédigés par notre équipe, sur la prévention et le traitement des situations de violences en milieu professionnel et étudiant. 

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